Résumés articles numéro 8

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RÉSUMÉS ET ABSTRACTS DES ARTICLES DU NUMÉRO 8

« L'objet de la Philosophie aujourd'hui »

Remerciements à Claude Berger, Philippe Ernoult, Pascal Guégo et Sylvain Penven
qui ont traduit ces résumés en anglais.
Merci aussi à Philippe Lacour et Muriel Pécastaing-Boissière qui ont traduit le leur.

Liste des résumés (cliquer sur le lien ou utiliser l'ascenseur)
  • Pierre-Henry Frangne – Pourquoi l'art contemporain doit être l'objet de la philosophie aujourd'hui
  • Philippe Lacour – Faire sens. Essai sur la philosophie selon Gilles-Gaston Granger
  • Alice Le Goff – Y a-t-il une notion spécifiquement républicaine du politique ? Non-domination et contestabilité chez Philip Pettit

    Section des travaux d'anciens élèves du lycée Chateaubriand (hors thème de l'année)

 

Pierre-Henry FRANGNE - Pourquoi l'art contemporain doit être l'objet de la philosophie aujourd'hui

Partant de l'analyse d'une œuvre récente de Christian Boltanski (Six septembres), l'article repère les principaux aspects de l'art contemporain dans le domaine des arts plastiques. Il tente de montrer que, face à un art critique, ironique et intellectualisé, la philosophie se doit de renoncer à toute pensée essentialiste et fondationaliste afin d'accueillir l'étrangeté et l'imprévisiblité des œuvres de l'art contemporain. Celles-ci méritent toute son attention du seul fait de leur existence actuelle et du fait qu'elles explorent « tout le champ du possible » quant à notre relation au monde et au sentiment de notre présence en lui.

Why should contemporary art be an object for philosophy today?
Based on the analysis of Six Septembres, one of Christian Boltanski's latest works, the article identifies the main aspects of contemporary art in the field of the visual arts. It tries to show that, faced with a form of art that is critical, ironical and intellectualised, philosophy must reject any essentialist and foundationalist approach so as to accommodate the oddness and unpredictability of contemporary works of art. The latter deserve philosophy's full attention simply because of their very existence and because of the fact that they explore all the various possibilities of our relation to the world and the awareness of our presence in it. (P. G.)

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Philippe LACOUR - Faire sens. Essai sur la philosophie selon Gilles-Gaston Granger

Dans cet article, j'essaie de soutenir que la philosophie ne peut se définir par la possession d'un objet, mais plutôt par la réalisation d'un geste, l'accomplissement d'un acte : la philosophie fait sens. Je cherche à développer cette intuition en explicitant la conception paradoxale que Granger, épistémologue et philosophe rationaliste français contemporain, a élaborée : la philosophie serait une « connaissance sans objet ». Ni science, ni art, elle participe pourtant de l'une et de l'autre. De plus, sans être un simple discours subjectif, elle ne peut prétendre à la vérité. En outre, ses concepts, issus d'une construction, sont flous et liés de façon indépassable au langage naturel. Enfin, elle ne peut démontrer, et ne part pas de principes exprimables. Qu'est-ce à dire, sinon que la philosophie est une discipline herméneutique, qui opère en construisant du sens, et que le sens est en même temps le vaste domaine de l'activité philosophique ?

In this article I argue that philosophy cannot be defined by the mastery of an object, but rather by a gesture, by the accomplishment of an act : philosophy, strictly speaking, makes sense. I attempt to develop this intuition by explaining Granger's paradoxical conception of philosophy: for this contemporary French epistemologist and rationalist, philosophy is “knowledge without object”. Neither a science, nor an art, it does however share some properties with each of these. Also, though not a sheer subjective discourse, it cannot lay claim to truth. Furthermore, the concepts it constructs are blurred and inevitably linked to natural language. Finally, it cannot prove anything, and does not start out from utterable principles. That is to say that philosophy is a hermeneutical discipline that operates by creating meaning, and that meaning is at the same time the vast domain of philosophical activity. (Ph. L.)

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Jacqueline LAGRÉE - La philosophie hors les murs

Cet article raconte d'abord deux expériences de diffusion de la pratique philosophique en dehors d'un cadre scolaire, la première lors d'un café philo tenu à Brest en 1996-97, la seconde une initiation à la philosophie menée sur trois ans auprès d'un public de professionnels et de retraités n'ayant jamais eu, ou quasiment, accès à cette discipline. L'article s'efforce de tirer les leçons de ces expériences en montrant que, loin de concurrencer la pratique académique et universitaire de la philosophie, cette philosophie vagabonde a l'intérêt de promouvoir une lecture autonome de textes philosophiques, de renverser du même coup le rapport établi par Platon entre la parole vive et l'écriture morte pour rendre à l'écriture sa vie et sa force, et d'aider des gens, engagés dans la vie professionnelle mais soucieux de penser leur vie, à la penser plus lucidement, s'efforçant comme le voulait Spinoza, non de ricaner ou de déplorer mais de comprendre.

Philosophy outside the classroom
This article is about two experiments on the spreading of philosophy outside the academic context. The first one was held in Brest in a café in 1996-1997 and the second one was an introduction to philosophy given over three years to a public of working and retired people who had never — or almost never — had access to this subject. The author tries to draw the lessons from these experiments by showing that far from undermining the teaching of philosophy in schools or at the university, this roaming philosophy promotes an autonomous reading of philosophical texts. As a result, it reverses the link established by Plato between the living spoken word and the dead written word, by reintroducing life and strength in the written word. It also helps people who are deeply involved in their working lives but at the same time anxious to think about their lives to do so more clearly. The aim is to try, as Spinoza wanted to, not to snigger at things or to deplore them but to understand them. (Ph. E.)

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Alice LE GOFF – Y a-t-il une notion spécifiquement républicaine du politique ? Non-domination et contestabilité chez Philip Pettit.

Cet article vise à mettre en valeur les limites d'une tentative récente de redéfinition systématique de l'objet propre à la philosophie politique. Ph. Pettit tente de mettre en avant la possibilité d'unifier la tradition républicaine autour d'une notion du politique recouvrant un idéal de non-domination. On peut cependant, en examinant le modèle de la démocratie contestataire qui en dérive, montrer que cette unification est artificielle et recouvre un refoulement des lignes de fracture profondes qui caractérisent la tradition républicaine. Cette analyse pourrait nourrir un certain scepticisme quant à la possibilité de définir une notion spécifiquement républicaine du politique et pourrait, plus largement, nous mettre en garde contre l'enfermement dans une stratégie du consensus qui semble guetter toute philosophie politique. Ne faudrait-il pas dès lors repenser le point de rencontre entre philosophie et politique en mettant en question l'idée selon laquelle la philosophie politique se définirait réellement par un objet ou des questions spécifiques ?

Is there a specifically republican notion of politics? Non-domination and questionability in Philippe Pettit's works.
The aim of this article is to underline the limits of a recent attempt at systematically redefining the object of political philosophy. Philippe Pettit tries to put forward the possibility of unifying republican tradition around a concept of politics that would coincide with an ideal of non-domination. Yet, by examining the democratic model emerging from that, we can see that this unification is artificial and entails an ignorance of the divides that characterize this republican tradition. This analysis could foster scepticism towards the possibility of defining a specifically republican notion of politics. Moreover, it could warn us against the traps of a consensus strategy, which seems to threaten any sort of political philosophy. So should one not redefine the meeting point between philosophy and politics by questioning the idea that political philosophy actually defines itself through an object or specific questions? (Ph. E.)

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Jérôme PORÉE – La peur du philosophe. Violence, raison et symbole

Comme le suggère, dès l'origine, la discrimination platonicienne des « genres de vie », la philosophie est elle-même l'objet d'un choix : celui de la raison, opposée alors à la violence. Qu'est-ce qui, cependant, justifie ce choix ? Il faut, pour répondre à cette question, en poser une autre : qu'est-ce que la violence ? Elle est au principe de la réflexion philosophique sur le fondement de la société et de l'État. Encore ce fondement devra-t-il être conçu dans cette perspective comme une œuvre double : celle de la raison, sans laquelle des hommes différents — et différemment situés dans la société, dans l'histoire et dans la culture — ne pourraient pas se reconnaître mutuellement comme des semblables, et celle du symbole, sans lequel cette reconnaissance même resterait purement formelle, et le lien qu'elle institue entre les hommes un lien extérieur, intemporel et privé de vie.

The Philosopher's fear. Violence, reason, symbol.
As has been suggested from the origin by the Platonic discrimination of the "modes of living", Philosophy itself is the object of a choice: the choice of reason, as opposed then to violence. However, what is it that justifies this choice? To find an answer to this question one needs to ask another: what is violence? It is set at the principle of philosophical reflexion on the foundations of Society and State. Even so, this very foundation will have to be conceived in this perspective as a twofold undertaking: that of reason without which diverse creatures (diversely situated in society, history and culture) could not identify one another as similar, - and that of symbol without which this identfication iself would remain purely formal, and the link it creates between men would, as a consequence, remain external, timeless,and deprived of life. (C. B.)

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Elen RIOT – La philosophie comme stratégie de la vie

Ce texte examine la philosophie actuelle telle qu'elle est confrontée à l'action. Sa thèse cruciale est qu'il n'y a pas, qu'il ne saurait y avoir, pour la pensée, de « devoir être ». Il existe, en revanche, une bonne et une mauvaise philosophie. Après les avoir considérées, on les met à l'épreuve des faits du monde : un horizon de chiffres et de nombres à la fois massifs et comme immatériels ou plus exactement privés d'incarnation. Il faut, dès lors, concevoir la philosophie non comme un cadre conceptuel mais comme une stratégie d'action. Dans un second mouvement, on situe cette philosophie ainsi comprise face à des zones géographiques (France, Europe, monde) et aux mouvements de fonds qui les secouent. Enfin, la philosophie ne peut trouver la force de se constituer comme mode d'action stratégique sans être aussi une compréhension intime du monde, une célébration du « plus précieux » qui s'offre à elle. Cette dimension vient en dernier, car, chose étrange, elle nous est moins évidente que la critique et sombre dans l'oubli. Or si cet oubli est à l'origine de ses défaillances, c'est aussi la source la plus féconde de ses possibles aujourd'hui. À ce moment, à toi de jouer, ô mon lecteur. Texte intégral en ligne

Philosophy as a strategy of life
The article surveys philosophy today as it deals with action. The key argument is that thought is not and cannot be under any “obligation to be”. On the other hand there exist a good philosophy and a bad one. They are first given some consideration and then put to the test of the hard facts of the world: a panorama of figures and numbers which are both massive and rather immaterial or, to be more accurate, denied materialisation. Then, philosophy must be thought of not as a conceptual framework but as a strategy for action. In the second place, philosophy having thus been defined, it is approached in the geographic perspective of world regions (France, Europe, the world) and the deep-running trends that disrupt them. Eventually philosophy cannot possibly establish itself as a strategic mode of action without also affording a deep comprehension of the world, a celebration of ‘the most precious object’ it is presented with. This dimension comes last for, oddly enough, it is less self-evident than the critical approach and fades into oblivion. Yet if such oblivion is the cause of its failures, it is also the most productive source of its possibilities today. And so, o my reader, the ball is in your court! (P. G.)

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Christophe ROGUE – Socrate et l'objet de la philosophie

C'est la tension actuelle entre deux Éros philosophiques, l'un « noble », classique et universitaire, l'autre « vulgaire », et depuis peu émergé du grand public, qui conduit à s'interroger sur l'actualité et le devenir de l'objet philosophique. Or, à y bien songer, le questionnement relatif à cet objet est aussi vieux que la philosophie elle-même : Calliclès en faisait déjà la remarque à Socrate. On est donc amené à réfléchir aux lignes de convergence qui, de la Grèce classique à notre époque, suscitent un regain de l'activité philosophique. On en lira trois : la contestation de la légitimité des discours dominants, l'inquiétude que fait naître la place vide laissée par le dieu, et le refus de céder aux fausses valeurs mercantiles qui enchaînent le logos.

Socrates and the object of philosophy
There are now two philosophical versions of Eros. One is 'noble', classic and academic. The other, 'vulgar', emerged from the general public recently. The present-day tension between the two leads one to wonder about the philosophical object now and in the future. Yet, when one thinks it over - and as Callicles already pointed out to Socrates - such questioning is as old as philosophy itself. One is thus led to think about the bonds existing between Ancient Greece and the present day that make for a renewal of philosophical activities. Three can be mentioned: firstly the legitimacy of dominant discourses is contested, secondly the empty space left by God is a source of worry and thirdly there is a refusal to give in to Mammon, a value that enslaves the logos. (S. P.)

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Luc VIGIER – Lectures de l'ombre

Cet article se présente sous la forme d'une analyse de « Sub Umbra », chapitre majeur des Travailleurs de la mer de Victor Hugo. Il semble qu'il y ait là, pour la philosophie, un objet d'étude singulier, qui est la représentation de son apparition et de sa naissance dans l'esprit, telles que les aborde la littérature. Ceci a lieu tout d'abord ici dans l'effacement de la singularité du héros (« Rupture discursive »), phase initiatique qui prélude à plusieurs révélations. Puis cela prend la forme d'une vision fascinée, partielle et fragmentée, indexée à l'aperception du monde par les sens, les sensations et les émotions primitives (« Réduction sensualiste »). Simultanément, sous les coups d'une rhétorique à la mesure de son sujet, émerge une sorte de système lexical conceptuel au statut ambigu (« Expansion nominaliste »), confuse philosophie habilement rapatriée vers la source vive d'un « esprit trouble » au « grand cœur sauvage » (« Du génie et de la lampe »), dans lequel, par un étrange effet de la perspective romanesque, se superposent le sentir, le dire et le comprendre, au terme d'une vaste émotion verbale.

Readings of Darkness.
This article is presented in the form of an analysis of ‘Sub Umbra’, a major chapter of Victor Hugo's Les Travailleurs de la mer. To all appearances, as regards Philosophy, there is to be found a singular object of study which is the representation of its outbreak and birth in the mind, such as literature approaches them. In the present case, the fact occurs in the erasing of the hero's individuality (“Discursive rupture”), an initiatory phase that leads up to several disclosures. It then takes the shape of a fascinated vision, partial and fragmentary, apportioned to the apperception of the world by senses, sensations and primitive emotions (“Sensualistic Reduction”). Simultaneously, under the blows of a rhetoric equal to its subject, there emerges a kind of conceptual lexical system of ambiguous status (“Nominalistic Expansion”), —a confused philosophy adroitly repatriated to the vivid source of a ‘great, wild-hearted’ ‘troubled mind’ (“Of the Genie and the Lamp”), within which, through a curious effect of romantic perspective, are laid, on top of one another, feeling, discourse and understanding, at the issue of a vast verbal emotion. (C. B.)

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Albert WIEL – Philosopher : dissoudre l'indicible

Le philosophe « s'éveille et parle ». Son discours veut dire l'unité et le sens de ce qui est. Cet effort de pensée assure le contentement menacé par l'expérience de la violence humaine et l'expérience historique de la fragilité du monde humain.
L'homme, être fini et raisonnable, est « fait pour l'infinité » et il trouvera l'infini dans l'usage de la raison. Il cherche un contact intellectuel et actif avec la principe de toute existence et de toute intelligibilité. Il reste un aventurier métaphysique en dépit des échecs relatifs ou des métamorphoses historiques de l'entreprise. Raisonnable, il persiste à vouloir penser la Réalité dans son unité.
Pour dépasser la pure dissolution du sujet dans le Savoir Absolu, pour dépasser la révolte ivre et violente, comme la mystique muette et inopérante, le philosophe produira le discours éternel de l'humanité qui s'est déployé historiquement dans les multiples langages aspirant à la cohérence. Il reconnaîtra son « ennemi », soit dans la passion violente de l'homme fini pour l'œuvre qui le sauve lui exclusivement, soit dans son échec possible dans un repli de l'homme de la finitude sur sa poésie infinie. Au delà de ces échecs, la « vision béatifique » — la sagesse — parfait et achève simultanément le recueil achevé du sens dans le discours et elle sauve la vie de l'absurdité.

The object of philosophy: dissolving the unutterable
The philosopher 'arises and speaks'. His discourse means unity and the meaning of what is. This thinking effort ensures the satisfaction that is threatened by the experience of human violence and the historical experience of mankind's frailness.
Man, a finite and reasonable being, is 'made for infinity' and will encounter the infinite in the use of reason. Man is after an intellectual and active contact with the principle of any existence and any intelligibility. He remains a metaphysical adventurer despite the relative failures or the historical metamorphoses of the venture. As a reasonable creature, he insists on wishing to consider reality in its unity.
In order to go beyond the pure dissolution of the subject in the Absolute Knowledge, the uncontrolled and violent revolt or dumb and useless mysticism, the philosopher shall produce the eternal discourse of humanity. Such a discourse developed historically in the multiple languages yearning after coherence. The philosopher shall find both his 'enemies' out: either the passionate struggle of the finite human for what brings about only his salvation or in a potential failure due to man's withdrawal from finitude to his infinite poetry. Beyond those failures, the reception of meaning in the discourse is made simultaneously perfect and complete by the 'beatific vision' - wisdom, which saves life from meaninglessness. (S. P.)

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Section des travaux des anciens élèves du lycée Chateaubriand (hors thème de l'année)

Muriel PÉCASTAING-BOISSIÈRE – Les actrices victoriennes : entre marginalité et conformisme

Les actrices victoriennes occupent une place tout-à-fait originale dans la société de leur époque, surtout en tant que femmes. Leur activité leur permet en effet d'atteindre une indépendance économique à laquelle bien peu de leurs concitoyennes accèdent, et, dans le cas des actrices qui administrent des théâtres, de posséder un pouvoir décisionnel qui s'exerce même sur leurs collègues masculins. Néanmoins, le reste de la société victorienne éprouve une grande méfiance pour ces comédiennes, qui, comme les prostituées, gagnent leur vie en utilisant leur corps et leurs émotions. Influencée par le Renouveau évangélique et le violent rejet des actrices de la part des milieux non conformistes, une large part des classes moyennes et supérieures désertent alors les théâtres, qui deviennent la distraction préférée de la classe ouvrière. Cependant, à partir du milieu des années 1860, les comédiennes commencent à prendre conscience de l'importance de leur image et de celle du monde du théâtre pour leur carrière individuelle. Influencées en partie par le pourcentage croissant de nouvelles recrues issues des classes moyennes et supérieures, plus soucieuses encore de leur statut que leurs collègues majoritairement nées dans le monde du théâtre, les actrices du sommet de la profession entreprennent d'attirer à nouveau les spectateurs bourgeois, et essayent d'être perçues comme des femmes respectables. Ce mouvement se traduit par un conformisme grandissant, qui s'exprime souvent au détriment de l'art dramatique, mais qui permet aux actrices les plus favorisées de se faire largement accepter par la société de leur époque, surtout à partir des années 1880. Texte intégral en ligne

Victorian Actresses: Marginalized Conformists.
The situation of Victorian actresses within their society is very original, especially as women. Indeed, their work enables them to be economically independent, contrary to most Victorian women. Furthermore, the actresses who manage theatres can even command their male colleagues. Nevertheless, the rest of Victorian society is very suspicious of actresses, because, like prostitutes, these performers use their bodies and their emotions to earn their living. Under the influence of the Evangelical Revival and of the Non-Conformists, who violently reject actresses, most members of the middle and upper classes shun theatres, whereas the working classes find their favourite entertainment there. However, from the mid-1860s onwards, actresses become aware of the importance of their image and of that of the theatre in general when it comes to their careers. An increasing proportion of actresses come from the middle and upper classes then, and they are even more wary of their status than their colleagues who are mostly born in the profession. Under these newcomers' influence, actresses from the top of the professional hierarchy try to attract the middle and upper classes back to the theatre, and they strive to be considered as respectable women. The consequence of this movement is growing conformism, often detrimental to dramatic art. However, this enables actresses from the top of the profession to be largely accepted by society, especially from the 1880s onwards. (M. P.-B.)

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Jean-François TANGUY – L'erreur judiciaire. Un objet de connaissance mal défini

L'erreur judiciaire est une forme d'erreur que notre société juge de plus en plus intolérable, même si la lutte contre ce type de déchirure du lien social est ancienne. Erreur d'adéquation comme une autre (elle n'atteint pas le but recherché), elle, et elle seule, camoufle cet échec par une fausse réussite, en atteignant un innocent, suprême scandale. Les pouvoirs publics ont toujours eu vaguement conscience du problème et pour y parer ont établi un système d'appels et de pourvois qui se heurte toutefois, à un certain moment, à l'autorité définitive de la chose jugée, nécessité sociale peu discutable. Pour parer aux erreurs qui se révéleraient tardivement, on a depuis deux siècles développé les possibilités de révision, très limitées au départ, et élargi les droits du condamné. Mais ces excellentes intentions se heurtent aujourd'hui comme hier aux pesanteurs de la procédure, aux caractères propres de l'enquête judiciaire, irréversible, et à la solidarité organique qui lie le corps des magistrats. La question reste entière et l'actualité le prouve chaque jour ou presque. Texte intégral en ligne

Judicial error: an ill-defined item of knowledge.
Miscarriage of justice is a form of error our society considers more and more intolerable, even though fighting this type of rupture of the social link dates back to remote times. A faulty adequation, just like any other such (it fails to reach its goal), it is solely responsible for covering up this failure with fallacious success, by striking an innocent - a supreme form of scandal. Public power has always been vaguely conscious of the problem, and as a means to fend it off, has set up a system of appeal and pardon which, none-the-less, at a given moment, comes up against the final authority of passed sentence - a hardly questionable necessity. To prevent long-delayed disclosures of errors, possibilities of revision, within narrow limits, have been developped over the past two centuries,and the rights of the sentenced person have been extended. But such excellent intentions, to-day as well as in the past, find obstacles in he weight of proceedings, in the very aspects of the judicial investigation, and in the organic solidarity of the magistrates' corporation. The question rests unsolved, as topical events attest every day or so. (C. B.)

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