Résumés articles numéro 4

 

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RÉSUMÉS ET ABSTRACTS DES ARTICLES DU NUMÉRO 4

LA CULTURE SCIENTIFIQUE

Remerciements à Thierry Guédé et à Claude Berger qui ont traduit ces résumés en anglais.

SOMMAIRE DES RÉSUMÉS (cliquer sur le lien ou utiliser l'ascenseur)
  • Guy Coq – Pour un retour à la culture générale, ou petit éloge de la culture scolaire
  • Pierre Crépel – L'Encyclopédie n'était plus ce qu'elle est. Deux ou trois perfidies sur D'Alembert et les sciences
  • Claudine Hermann La « culture scientifique » vue par nos voisins européens
  • Henri Madelin – Culture scientifique et progrès selon Max Weber
  • Jos Pennec – Les oubliés de la culture scientifique : les fonds anciens des bibliothèques
  • Yves Quéré – Les vertus potentielles d’un enseignement scientifique
  • Jacques Rolland – Rennes ville universitaire. Une terre de recherche et de culture scientifiques
  • Marie-Françoise Roy – Les maths et moi, les maths pourquoi ? Dialogue entre des lycéens, en France et au Niger, et une mathématicienne
  • Nathalie Touron – Culture scientifique et enseignement. Le cas des sciences de la vie et de la terre

 

 

Thierry AUFFRET VAN DER KEMP – Une mise en culture de la science. Musées et centres de culture scientifique, technique et industrielle

Devant l’accroissement considérable des connaissances scientifiques et des productions technologiques, et l’ampleur des questions éthiques, économiques et politiques et des modifications qu’elles peuvent induire sur la santé, l’environnement, la vie quotidienne de la société, le public a perdu la confiance aveugle qu’il avait en la science au cours de la première moitié du siècle qui s’achève. Cependant, il a toujours soif de comprendre et de savoir. Les musées et centres de culture scientifique, en plein renouveau, aujourd’hui peuvent constituer, aux côtés du monde éducatif ainsi que des médias écrits et audiovisuels, des lieux particulièrement vivants, attrayants et conviviaux de médiation et de mise en culture des sciences et des techniques. Ils déploient à cette fin différents dispositifs de diffusion de l’information scientifique et d’éducation informelle à la science, intra et extra-muros. Des développements récents interessant la région Bretagne sont donnés à titre d’exemples.

The rapid, remarkable development of scientific knowledge and of technologies, the momentous ethical, economic, political problems they induce and the consequences they may have on health, environment and everyday issues have led the general public to have misgivings about science — a sharp contrast with the unwavering faith in science of the first half of the 20th century. Yet people still wish to know and to understand. Museums, science centres, now booming, can be attractive, convivial places for the propagation of scientific and technological knowledge, on a par with schools, colleges, newspapers and television. With that aim in view, they make use of various ways to spread scientific information and education within or without their premises. Some recent schemes concerning Brittany are given as examples.

 

Michel CLAESSENS – Une science sans âme ?

Le fossé qui s'est creusé depuis deux siècles entre la science et la culture n'est plus seulement un problème académique. C'est devenu également un enjeu politique. Certains voient dans l'inculture scientifique généralisée de nos sociétés — que les hommes politiques partagent avec le grand public — l'une des raisons qui expliqueraient d'abord le déficit démocratique concernant la prise de décision en matière des applications de la recherche, ensuite le développement d'un mouvement anti-science. Après un examen des conditions qui sont à l'origine de la situation actuelle, l'article présente quelques pistes pour restaurer le dialogue entre la science et la société. Il conclut par un appel à une science plus vivante, plus citoyenne — plus modeste aussi. La culture scientifique est sans doute l'un des grands enjeux du siècle qui commence.

The growing gap between science and culture in the last two hundred years has ceased to be a purely academic issue; it has become a political one. Some people think that the lack of scientific culture prevailing in our societies — with politicians often on a par with the general public — is one of the reasons explaining why the decisions about the applications of scientific research are taken by a select few, and why there is a broad, increasing questioning of science.
The following article first examines the conditions that have led to the current situation and suggests a few directions for a renewed dialogue between those who participate in science and society at large. It concludes with a plea in favour of a science that would be more in touch with actual life and the concerns of citizens. Scientific knowledge will probably be one of the main challenges of the new millennium.

 

Guy COQ – Pour un retour à la culture générale, ou petit éloge de la culture scolaire

Nous examinons la question : quelle devrait être la place des sciences dans la culture scolaire ? Cela nous conduit à une étude assez développée de ce que devraient être les enjeux d’une culture scolaire. Nous refusons la séparation communément admise entre contenu et méthodes, car dans cette cassure, c’est l’enjeu culturel de l’enseignement qui disparaît. Nous refusons également de réduire les acquisitions scolaires à des savoirs. La réflexion porte également sur la pratique d’enseignement. Comme pratique éducative et culturelle, la pratique d’enseignement n’est pas susceptible d’être soumise à une science éducative normative. L’urgence porte sur la philosophie de l’éducation et la nécessité de recentrer l’école sur la culture.

In favour of a return to general culture; a short praise of school culture
The question we examine is this: what should be the place of sciences in school culture? Thus, we are led into a fairly extensive study of what ought to be the stakes of a school culture. We reject the commonly admitted demarcation betweeen contents and methods, as such a rupture causes the disappearance of the cultural challenge of teaching. We also refuse to reduce acquisitions made at school to mere knowledge. Our reflexion also bears upon teaching practice. As an educational and cultural practice, the practice of teaching is not liable to be subjected to a normative educational science. The philosophy of teaching and the need to re-focus school on culture are urgent preoccupations.

 

Jean-Pierre COURTIAL – Culture scientifique, culture religieuse

On oppose habituellement science et religion, culture scientifique et culture religieuse. L’anthropologie symétrique nous dit qu’il n’y a pas de différence de nature entre sociétés scientifiques et sociétés traditionnelles pétries de religion. Avec cette approche, il n’y a plus de distinction entre réalité et représentation de la réalité. La science en tant que culture n’est qu’un moyen d’interposer des objets (concepts, technologies) dans les relations entre les hommes et la nature et entre les hommes eux-mêmes. La démarche scientifique peut être considérée alors comme conduisant à un choix de société privilégiant la circulation d’objets sur la circulation de sujets. De plus, nous disposons d’une méthode d’analyse identique pour les faits scientifiques et les faits religieux. Il est alors possible de reconsidérer les liens entre culture religieuse et culture scientifique et de montrer la possibilité théorique et le bien-fondé d’une rencontre. Les recherches en éthologie et en anthropologie sur le lien social, conduisent notamment à l’hypothèse du désir et de la rivalité mimétique. Les recherches en stades de développement de la personnalité peuvent conduire à des modèles laïcs du mysticisme. Les recherches sur la signification contemporaine des textes bibliques dans le cadre de cures psychanalytiques montrent que thérapie et culture religieuse aboutissent à des questionnements communs. La culture religieuse revisitée par les sciences humaines est alors un moyen de progresser dans la connaissance et de répondre aux questions modernes d’éthique.

Science and religion
Science and religion are usually seen as antithetical. “Symmetric anthropology” tends to prove that there are no intrinsic differences between societies based on science and the more traditional ones founded on religion. With this new theoretical approach, the differences between reality and the representation of reality are obliterated. Science is only a means to interpose “objects” — concepts or technologies — between men and nature or between men themselves. The process of science may then be seen as leading to a social system that encourages the free movement of objects rather than a free movement of individualities. Moreover it gives us a method to analyse both scientific and religious issues in a similar way, thus making it possible to reconsider the affiliation between religious and scientific cultures and the theoretical possibility and desirability of a reconciliation. Ethological and anthropological research on social continuity, for instance, induces the hypothesis of the importance of mimetic desire and rivalry. Research on the stages of character-development may lead to a secular explanations of mysticism. Research on the contemporary exegesis of Biblical texts in the course of psychoanalytical therapies shows similar questionings in both religion and clinical treatment. Religion re-examined through the social sciences is then a means to progress in our knowledge and to give possible answers to modern ethical issues.

 

Pierre CRÉPEL – L'Encyclopédie n'était plus ce qu'elle est. Deux ou trois perfidies sur D'Alembert et les sciences

Les sciences dans l'Encyclopédie de Diderot et D'Alembert ne sont pas ce qu'on croit. Leur examen relève un parcours chaotique, à certains points de vue très original, à d'autres décevant. L'histoire concrète de l'Encyclopédie et de ses avatars, les préoccupations très personnelles de D'Alembert, voire de ses proches, y donnent des sciences une image multiple aux parfums inimitables et inattendus.

Science in Diderot and D’Alembert’s Encyclopédie (Encyclopedia or Systematic Dictionary of the Sciences, the Arts, and the Professions) is not what you may imagine. A scrutiny reveals a rather erratic, now original, now disappointing presentation. The conditions in which the Encyclopédie and its different versions were written, D’Alembert’s personal interests associated with those of his friends give of science a varied, multifaceted and surprising image.

 

Jean-Pierre ESCOFIER et Pascal QUINTON – Les IREM (Instituts de Recherche sur l'Enseignement des Mathématiques) et la culture scientifique

Nous cherchons à expliquer dans cet article le rôle des IREM, en particulier des groupes s'intéressant à l'histoire des mathématiques, dans le développement de la culture mathématique des enseignants et des élèves, ce qui nous conduit à quelques réflexions sur la place des mathématiques dans notre société et à défendre la place des IREM dans la recherche sur l'enseignement des mathématiques.

IREMs (Research centres for the teaching of mathematics) and scientific culture.
In the following article, our aim is to explain the role of IREMs, and more precisely of the departments specializing in the history of mathematics and in the development of a mathematical culture among teachers and pupils; this will lead us to an appraisal of the place of mathematics in our modern society and of the role IREMs have in its teaching.

 

Claudine HERMANN La « culture scientifique » vue par nos voisins européens

Le souci de la culture scientifique, ou plutôt de la sensibilisation du public à la science, est commun à de nombreux pays européens et a été amplifié par la désaffection actuelle des études scientifiques. Le récent rapport européen sur les Femmes et la Science a pointé les stéréotypes sur l’image des scientifiques, qui rendent ce métier peu attirant pour des jeunes. On expose ici un certain nombre d’actions pratiques mises en œuvre actuellement en Allemagne, Autriche et Grande-Bretagne : parrainage des étudiant(e)s par des professionnel(le)s, cours pilotes, pour filles, d’ingénierie associés à des enseignements d’humanités en Allemagne, actions d’associations, de musées de science… Il est essentiel que les citoyens du XXIe siècle soient familiarisés avec la science et la technique.

“Scientific culture” as our European neighbours see it.
Many European countries share the same interest in the development of a scientific culture among the general public, in spite of — or because of — a current lack of popularity of scientific studies among college students. A recent European report on Women and Sciences has underlined the stereotyped image of scientists, which may explain the little appeal such studies have for young people. In the following article, we shall point at some experiments made in Germany, Austria, and the United Kingdom to promote them: sponsoring of students by companies, experimental courses for young women associating engineering studies and the humanities, steps taken by associations or science museums… It is an absolute necessity that, at the dawn of the 21st century, everyone should have some knowledge of science and of technology.

 

Denis-M. KERMEN - Le Chant du signe

En partant d’une réflexion sur la réception d’un enseignement littéraire et philosophique en classes préparatoires scientifiques, on s’interroge sur les conséquences d’une progressive formalisation du langage scientifique. Ce sont les conditions concrètes de la production des énoncés linguistiques qui semblent faire les frais d’une telle évolution : ne risque-t-on pas d’oublier que tout énoncé, même le plus formel, est le produit d’une énonciation, d’une subjectivité en acte ? En replaçant le procès de la démonstration déductive dans le champ global de l’argumentation, on rappelle alors que la rationalité d’un énoncé ne peut pas être issue de la clôture sur soi du système qui le produit, mais au contraire d’une ouverture de ce système à la possibilité d’une reformulation dans un système différent. On propose donc une clause d’interprétablité comme critère de validité rationnelle d’un énoncé scientifique, de telle sorte que soit reconnu formellement l’engagement du sujet dans tout discours. C’est à ce prix que le savoir scientifique peut toujours être pensé en termes de « culture ».

The song of the sign
Taking as a starting point a consideration on the manner in which philosophic and literary teaching is received in our scientific Classes préparatoires, questions arise regarding the consequences of a gradual formalization of scientific language. Such evolution appears indeed to take place at the expense of the concrete conditions of linguistic utterance: is there not a risk of forgetting that any utterance, even the most formal one, is the product of an enunciation, of subjectivity in action? By restoring the process of deductive demonstration into the global area of argumentation, attention is then drawn on the fact that the rationality of an utterance cannot stem from the producing system's closing on itself but, on the contrary, from this system's opening itself out to a possible re-formulation in a different system. A 'contract of interpretability' is therefore proposed as a test of the rational validity of a scientific utterance, in order that the subject's commitment in any discourse should be formally acknowledged. This is the price to pay for scientific knowledge always to be thought of in terms of 'culture'.

 

Henri MADELIN – Culture scientifique et progrès selon Max Weber

Toute science suppose un progrès et engendre de nouveaux progrès, qui sont autant le fruit d’une ascèse dans le travail que de l’accueil de ce qui survient : « Eurêka ! J’ai trouvé » s’enthousiasme Archimède. Une avancée décisive fut accomplie dans le domaine de la logique par les Grecs qui les premiers surent utiliser l’idée de concept. C’est la Renaissance qui permit ensuite de faire un autre bond salutaire avec la découverte de la vérification par l’expérimentation rationnelle, d’abord dans le domaine des arts avant de passer dans celui des sciences et des techniques Avec la Révolution française, la notion de progrès va s’étendre au fonctionnement de la société elle-même, à la transformation de l’homme en ses fibres les plus intimes. On parlera, et Condorcet en sera le meilleur théoricien, de l’optimisme des « lumières ». Le XIXe siècle, dans tous les domaines, célébrera cette « religion du progrès », qu’Auguste Comte systématisera. Aujourd’hui, on assiste à une rationalisation croissante des processus mentaux et expérimentaux. Pourtant le constat se fait plus amer ou du moins plus modeste. Face à une certaine dérive du progrès, le tragique semble de retour. Selon l’expression de Pierre-André Taguieff, c’est de « l’effacement de l’avenir » qu’il faudrait désormais parler. Max Weber annonçait que la science conduirait à « désenchanter » le monde puisque aucune puissance mystérieuse située au-delà de la rationalité ne pourrait tenir lieu d’explication du monde des phénomènes et de leurs enchaînements. Nous y sommes, d’où l’utilité de bien le relire.

Max Weber : scientific culture and progress
Science postulates discoveries which, in their turn, lead to new discoveries. They are as much the result of self denial on the part of the researcher as of the way they were received: “Eureka” enthused Archimedes, “ I have found (it).” A decisive breakthrough in the domain of logic was achieved when the Greeks first used clear concepts. The Renaissance initiated another quantum leap with the discovery of verification through experimentation, first in the arts then in scientific and technical fields. With the French Revolution, the notion of progress was applied to the way society operated and to the deepest transformation of man himself. The Age of Enlightenment was the age of optimism — with Condorcet as its best proponent. The 19th century celebrated the “religion of progress”, theorized by Auguste Comte, in all the fields of knowledge. Today we can observe an increasing rationalization of mental and experimental processes. Yet, with progress sometimes going off the right path, pessimism is waxing once again. If we are to follow Pierre-André Taguieff, we should now speak of “the obliteration of the future”. Max Weber predicted that the time would come when science would lead to “dispelling the enchantment of the world” as no mysterious irrational power would be called upon to explain the world, its phenomena and their occurrences. We have come to that time — the time to read Wax Weber once again.

 

Audrey MOORES – La Main à la pâte. Un témoignage

J’ai effectué pendant l’année scolaire 1998-1999 un service civil en tant qu’« accompagnatrice scientifique » au sein de l’opération La Main à la pâte. Cette opération, qui se veut un renouveau des sciences à l’école primaire, propose de faire faire les sciences plutôt que de les enseigner de façon magistrale et dogmatique. Plus encore, elle se fixe comme objectif d’apprendre à chaque élève comment s’élabore une théorie scientifique et comment il peut s’approprier ce mode de raisonnement particulier. Cette expérience m’a permis de vivre La Main à la pâte de l’intérieur et d’en comprendre les aspects exaltants mais aussi certaines des difficultés que rencontrent les instituteurs qui se sont lancés dans cette aventure.

The 'Hands on' method
During the 1998-1999 school year, I was engaged in civil service as scientific assistant in the 'Hands on' programme. The latter programme aiming at a revival of sciences in primary schools, suggests that sciences should be practised rather than taught dogmatically by masters. In addition it purposes to show each pupil how a scientific theory is elaborated, and how he or she can take over this particular mode of reasoning. This experience enabled me to get to the core of the 'Hands on' method, and to apprehend its exalting aspects, as well as some of the difficulties encountered by the teachers who have launched out into this enterprise.

 

Edgar MORIN – Entretien entre Edgar Morin et Atala

Une culture qui mériterait pleinement le nom qu'on lui donne serait une culture qui permette de relever les défis de notre temps et de nous aider à bien vivre, une culture humaniste qui intègrerait les acquis des sciences contemporaines en faisant l'objet d'une réflexion globale et contextuelle pour donner du sens aux savoirs positifs qu'elles produisent. D'une part l'hyper-spécialisation, le cloisonnement et le morcellement des savoirs scientifiques et d'autre part notre incapacité à mettre en œuvre des principes de pensée organisateurs qui permettent de saisir la complexité, de contextualiser, de relier sont des obstacles majeurs à l'avènement d'une telle culture. Il faut donc promouvoir à la fois une réforme de la pensée et une réforme de l'enseignement. C'est un projet ambitieux, mais certaines réalisations allant déjà dans ce sens autorisent un certain optimisme.

An interview with Edgar Morin
Culture, to be worthy of its name, should offer us the means to meet the challenges of our modern times and to make life easier. It should show some concern for people and integrate the acquired knowledge of modern science while being subjected to an all-embracing analysis to make this knowledge, which has been accumulated over the centuries, more meaningful. The excessive specialization, compartimentalization and fragmentation of scientific knowledge, added to our incapacity to determine organizing mental principles that might enable us to put it into context and to establish links between different fields of study, are the main impediments to its very existence. A reform of both conceptual thinking and of the principles of education is necessary : this is a very ambitious proposition indeed, but there are already some achievements that lead in that direction and allow us to be rather optimistic.

 

Jos PENNEC – Les oubliés de la culture scientifique : les fonds anciens des bibliothèques

Longtemps relégués dans les sous-sols ou dans les rayonnages empoussiérés des bibliothèques, les fonds anciens sont restés les grands oubliés de la culture scientifique ou, au mieux, les domaines réservés de quelques érudits ou chercheurs reconnus. Le rôle de ces lieux de culture est aujourd’hui incontournable : leur ouverture au public et leur mise en valeur devraient permettre une meilleure compréhension des enjeux scientifiques du XXIe siècle.

Forgotten assets of scientific culture: the heritage stocks of libraries
Consigned to the basements or the dusty shelves of libraries, the heritage stocks of scientific culture had lastingly fallen into oblivion, or, at best, remained the restricted fields of research of a few scholars or learned specialists. The role played by those temples of culture is now inescapable: free access for the public, and extension should allow for a better understanding of the scientific challenges of the XXIst century.

 

Yves QUÉRÉ – Les vertus potentielles d’un enseignement scientifique

Aux côtés des connaissances qu’il apporte à l’enfant, un enseignement des sciences à l’école est susceptible de contribuer à sa formation intellectuelle et morale. La science l’introduit à une certaine forme de la vérité, elle développe son imagination, elle l’introduit aux nécessités de la logique et de la rigueur, elle réclame de lui modestie et tolérance, elle l’aide enfin dans le processus, vital pour lui, de la maîtrise du langage.

Potential virtues of scientific teaching
Beside the knowledge it brings the child, the teaching of sciences at school is liable to favour his intellectual and moral development. Through science, the child is introduced to a certain form of truth; science develops the imagination, makes the child aware of the needs of logic and rigour; tolerance and modesty are demanded of him; lastly, science helps the child over the vital process of language mastery.

 

Jacques ROLLAND – Rennes ville universitaire. Une terre de recherche et de culture scientifiques

Avec 58 000 étudiants, deux universités, une vingtaine de grandes écoles et instituts, Rennes bénéficie d'un potentiel de matière grise qui lui permet d'être le pôle du Grand Ouest le plus important dans le domaine de la recherche scientifique et technique. Mais on mesure le chemin qu'il reste à parcourir.
Dans un premier temps nous nous attacherons à comprendre, par l'histoire, comment les liens se sont tissés entre la ville et le monde universitaire. En un second temps nous examinerons les données « objectives » qui situent Rennes parmi les grands centres universitaires. Enfin nous évoquerons les retombées de tous ordres. En guise de conclusion, nous décrirons quelques-uns des axes de continuation d'une politique qui devrait dans les années futures conforter cette dimension universitaire de l'agglomération rennaise.

Rennes: a university town and a hothouse of scientific and technological research.
58000 students, two universities, twenty or so colleges and institutes: Rennes may rightly consider itself as the main centre of scientific and technical research in Brittany, western France. Much still needs to be done. First of all, in our article, we shall consider the historical ties that exist between the city and its universities. Then, we shall see the reasons which make of Rennes a university centre of the first magnitude, and what spin-offs may be expected. To conclude, we shall outline the major political directions that may comfort this leading academic position for the next decades.

 

Marie-Françoise ROY – Les maths et moi, les maths pourquoi ? Dialogues entre des lycéens, en France et au Niger, et une mathématicienne

Un dialogue entre des élèves de terminale scientifique, français et nigériens, et une mathématicienne, qui prend pour point de départ opinions et questions formulées par les élèves. Les questions abordées : Qu’est-ce qu’on apprend en mathématiques ? À quoi servent les mathématiques ? Comment réussir en maths ? Qu’est-ce que la recherche mathématique ? Le métier d’enseignant-chercheur. Les matheux sont-ils comme les autres ? Questions philosophiques… Mathématique, informatique… Mathématiques et développement. Questions ouvertes.

Maths and me, and what for? A dialogue between a teacher of mathematics and secondary school pupils in France and the Republic of Niger.
The following text presents a dialogue between last year secondary school pupils in France and the Republic of Niger and their teacher of mathematics. What is maths for? How can they improve their performance in the subject? What research can be done in mathematics? What is the life of a teacher-cum-researcher in mathematics? Are maths whiz kids different from others? Then follows an open discussion about the relations between mathematics and computer science, mathematics and philosophy, mathematics and economic development.

 

Hervé THIS – Faisons des expériences simples. La culture scientifique, un enjeu de la Gastronomie moléculaire Texte intégral en ligne

La Gastronomie moléculaire, étude physico-chimique de la cuisine et de la dégustation des mets, donne des moyens de communiquer au public une culture scientifique citoyenne. À côté des travaux de recherche, cette discipline à l’attention du grand public, s’efforce de rénover les pratiques culinaires domestiques (et de restaurant), tout en promouvant une compréhension des gestes culinaires plutôt qu’une transmission des recettes. C’est la méthode expérimentale dont on veut favoriser la transmission, plutôt que les connaissances scientifiques.

Nothing simpler: molecular haute cuisine.
Molecular gastronomy, the study of cooking and gastronomy through physics and chemistry, is a means to give the general public a user-friendly scientific culture. Complementing scientific publications, this course of studies intended for the general public, is doing its best to reinvent cooking habits both at home and in the catering industry, while promoting a better apprehension of techniques rather than a transmission of recipes; rather than scientific knowledge, it is the transmission of an experimental method it has in view.

 

Nathalie TOURON – Culture scientifique et enseignement. Le cas des sciences de la vie et de la terre

Les filières scientifiques, en général, et biologiques en particulier, sont de plus en plus boudées par les étudiants. Pour essayer de comprendre cette situation, nous pouvons partir d’un constat sur le « savoir » des étudiants en classes préparatoires (BCPST) et réfléchir sur le « contenu » scientifique enseigné et sur la mnière d’acquérir une culture scientifique tout au long de la scolarité. D’autres pistes de réflexion restent certainement envisageables.

Science and culture: the case of environmental studies.
More and more students tend to steer clear of scientific studies in general and of biology in particular. To understand this state of affairs, we shall first consider what knowledge has been acquired by our students in BCPST (junior-college biology students) and see how they get to acquire a scientific culture in the course of their studies.

 

Bertrand WOLFF – L'enseignement des sciences physiques a-t-il un contenu culturel ? Texte intégral en ligne

Sur l'exemple des sciences physiques, on tente de dégager à quelles conditions des connaissances scientifiques « font culture ». Une brève étude des programmes de l'enseignement secondaire montre à quel point ces conditions ne vont pas de soi. Puis la critique porte plus particulièrement sur les tendances à faire primer l'utilitarisme sur l'intelligibilité, tendances qui s'expriment dans la place excessive donnée à la notion de « modélisation » ou dans un « expérimentalisme » naïf. Enfin, sur l'exemple de la divulgation des cosmologies modernes, on verra se développer la tentation des « théories du Tout » et du réductionnisme. Étendue à la vie et à l'Homme, la croyance réductionniste ne mène-t-elle pas à la « négation de l'humain dans l'homme » ?

Using the example of physics, we shall attempt to define the conditions according to which scientific knowledge can be considered to be a form of culture. A brief review of the secondary school curriculum clearly indicates that those conditions are not self-evident. We shall then direct our criticism towards the tendency there is to privilege a utilitarian rather than a cognitive approach, a tendency which becomes apparent in the excessive place given to “modelling” or naïve “experimentalism”. And with the example of the popularization of the modern discoveries of the scientific study of the universe, we shall see the growing temptation of a holistic approach and of reductionism. One may wonder whether, when applied to the study of life and of man, the reductionist doctrine does not negate “man’s human nature”?


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