Serge Meitinger : Frères inhumains. Serge Meitinger est professeur à l'Université de la Réunion. Nombreux articles et recueils de poésie. Ouvrage : Stéphane Mallarmé, Hachette, 1995. © : Serge Meitinger.
FRÈRES INHUMAINS
Il ny a pas de mal Formule cursive et convenue ou constat abrupt, délibérément en retrait de toute émotion, telle est la ruse suprême et subtile de luniverselle perversité, de notre perversité et/ou de notre indifférence. Certains, qui, de fait, veulent se consacrer à lIdéal, ne cessant de sacrifier aux idoles du souverain Bien ou de diviniser les procédures de la Loi, nient que le mal puisse être autonome et irréductible : ce nest quune erreur, une errance, une distraction ou un abus de langage et il sera réduit ! Dautres ne voient pas où il pourrait bien être : ils ne se posent que des problèmes techniques qui ont des solutions techniques, point. Dautres encore laissent entendre que seuls le préjugé ou la faiblesse opposent un jugement dinfamie à ce qui demeure, envers et contre tout et partout, le plaisir des forts, leur jeu et leur jouissance, leur droit de rire de la souffrance quils infligent Tous ceux-là raisonnent et argumentent avec plus ou moins de bonheur, et ils sefforcent de conformer leur action à leur pensée ; ils ne lemportent pourtant pas sur lindifférence viscérale qui tend à devenir la nôtre et qui aplanit toutes les valeurs faute dy trouver encore la moindre transcendance susceptible dentretenir lintérêt, le ressort, lenjeu Indifférence qui nexclut pas la perversité comme de lorgner sur la jouissance du tyran tout en la condamnant, de défendre la logique de légalité et du contrat tout en se félicitant en secret de ce qui la met en échec, de prêcher le meilleur pour récolter le pire, de ne rien interdire pour ne rien sinterdire Lombre portée du Bien Depuis Les Maîtres penseurs (1977), André Glucksmann ne cesse de dévoiler la statue du Commandeur, de défaire le grand drapé solennel de lidéalisme (allemand, de préférence) pour en faire surgir le ressort caché : le désir inextinguible de maîtrise sous lassurance idéale et impeccable quon lui dessine sur mesure. Cet idéalisme remonte bien sûr à la visée platonicienne du Souverain Bien dont la lumière fait pâlir toutes les autres valeurs et surtout les réalités infirmes et peccables. Il sest toutefois chargé dimplications politiques plus fortes et plus clairement incarnées dans lhistoire des sociétés et des nations. Les récentes Lettres immorales dAllemagne et de France (1997 ; titrées Le Bien et le Mal) sont dans le prolongement direct de cette problématique : le débat se situe toujours bien entre une position germanique, invinciblement portée à lidéalisme, et une autre postulation, moins aveuglée, celle de la France des moralistes classiques par exemple. La grande question ici posée est celle du Mal : existe-t-il en lui-même ou nest-il quun épiphénomène ou un phénomène second tributaire du Bien dont il (re)présenterait une dégradation ou une défaillance ? La réponse classique, héritée de Platon et relayée par le thomisme, est que, le Mal étant le contraire du Bien, il ne peut se définir que par opposition et que, le plus souvent, il est le fruit d« un instant dinattention » pendant lequel toute la « considération » due au Bien souverain séclipse pour laisser apparaître momentanément ce qui est le revers inessentiel de lêtre, erreur ou errance. Le Bien tient les manifestations diverses et multiples du Mal dans son ombre et il permet seul de le définir, de lappréhender comme de le rédimer ou de le réprimer. Ce faisant cest laisser au Bien, ou plutôt à ses inconditionnels zélateurs, une étrange responsabilité, celle de tenir le même et lautre en un seul geste et dainsi maîtriser tout le circuit des valeurs. Pour peu que la pratique (sociale, morale, religieuse, politique) hypostasie une forme figée et limitée du Bien, elle se donne ipso facto un droit de regard, et même le regard de la Loi, sur ce quelle définit alors seule comme le Mal. Lennemi étant défini et même cerné, il tombe sous le couperet et il ny a pas de mal, lentreprise de répression étant lavée davance de tout soupçon de malignité puisquelle nopère que pour la plus grande gloire du Bien. A. Glucksmann ne cesse de mettre en garde contre ce retournement paradoxal de lIdéal amené à justifier les moyens qui sont destinés à assurer son triomphe et ainsi à favoriser directement ou indirectement la violence répressive, la tyrannie et linjustice. Un excès didéalisation au départ, quelle quen soit la nature et quel que soit le point de départ, conduit, parfois insensiblement, à un emploi de la force qui se trouvant a priori justifié devient aveugle, pervers et sans frein : cest là la logique de lInquisition, du Goulag ou du Jihad moderne. Idéaliser, cest-à-dire hypostasier des valeurs nominales dont on fait le garant suprême et intangible, un Tout sans failles ni nuances, cest moins ouvrir le champ dune élévation transcendante en appelant à la foi, à lélan spirituel et au perfectionnement moral quappeler à la rescousse dun désir de maîtrise, qui savoue rarement comme tel, les justifications morales et les moyens matériels qui favorisent lemprise à exercer. Une certaine vision romantique, constatant une objective fossilisation des valeurs, une hypocrisie tendant à luniversel, en vient parfois à placer son espoir dans une manière de satanisme réactif et, apparemment, il ny a plus de mal Mais un tel choix demeure pris dans le cercle ci-dessus décrit et dénoncé car ce sursaut de révolte contre lordre immoralement établi continue à définir le Mal comme le contraire du Bien bien que le sens des valeurs sinverse, ce qui était tenu pour le Bien devenant signe du Mal et vice-versa ! Ou il sagit dune méditation au souffle plus ample qui entend comprendre la fonction immémoriale du Mal et de la souffrance dans lordre même de la Création : Hugo, par exemple, envisage comme un procès métaphysique conséquent et vraisemblable la réintégration finale de Satan et du Mal dans le Tout ou en Dieu. Qui ne voit pourtant comment la pensée et le désir sefforcent de (re)constituer, en la projetant en un insondable avenir, une totalité sans fenêtre ni déhiscence possible où le même et lautre, entités dégale teneur ontologique, sont voués à sharmoniser en un seul Tout abolissant pour finir toute différence entre eux et entre tout ? La prudence envers toute idéalisation, que la vigilance dA. Glucksmann nous invite à conserver, est moins le refus de sengager sur des valeurs ou de se battre pour elles que le refus dhypostasier un processus de totalisation, quel quil soit, tendant à la clôture et tenté à terme de simposer comme lunique en raison de sa perfection intime. Cest proclamer le droit à la différence non comme un droit à ajouter à une liste récapitulant les libertés reconnues mais comme la nécessité constitutive du différer en matière de valeurs, de comportement et daction : il faut différer pour valoir (et dabord davec soi !), là où lhomme est laissé libre de différer, de sortir de toute ombre portée, de toute totalité préétablie, de toute totalisation impérative et univoque, il y a institutionnellement le moins de mal possible et il reste possible den juguler les effets par la loi, la coutume et la négociation. De bons outils pour le pire Il ny a pas de mal au royaume des ustensiles et des techniques. En son temps la guillotine fut un réel progrès dans lhumanisation de la peine de mort. Pourtant qui pourra dire combien ce progrès a facilité la Terreur ? Les bourreaux, éradiquant la différence nobiliaire et/ou idéologique, avaient à leur disposition un outil plus performant (rapidité, efficacité, hygiène : cette mécanisation permettant les exécutions à la chaîne) et ils pouvaient par surcroît se flatter dhumanité, ne jouissant pas comme leurs prédécesseurs de lagonie des victimes, ici réduite au minimum légal ! Une dichotomie, voisine de la schizophrénie, partage la conscience des inventeurs, des producteurs et des utilisateurs dengins de mort : ces agents ont tendance à se concentrer sur laspect technique, efficace, ingénieux de leur outil, quil sagisse de bombes à billes ou à neutrons, de mines antipersonnelles ou de gaz mortels Laspect inhumain des enjeux techniques ici en cause est mis de côté ou récupéré parfois (quand cest possible !) par la logique du moindre mal que serait une moindre souffrance infligée. Tel est le principal subterfuge moral dune industrie de la destruction qui ne vise, anonymement ou non, que la mort des autres, mais plus « proprement », plus sobrement, plus facilement : ainsi tentent de se légitimiser, à leurs propres yeux et aux yeux dun système fondé sur la seule performance, des fonctionnaires de lholocauste comme Eichmann. Dautres, toutefois, non moins zélés, nont pas à leur disposition un tel arsenal : ce sont les artisans du génocide qui travaillent presque à mains nues, privilégiant le tour de main de lhonnête compagnon ou le petit instrument adéquat que leur ingéniosité a su dénicher. Dans son tout dernier ouvrage : La Troisième mort de Dieu (2000), comme dans quelques-uns des précédents, A. Glucksmann insère en encadré un certain nombre de documents authentiques (témoignages, manifestes, analyses, articles de journaux ) qui donnent de lépaisseur événementielle à son propos. Au Rwanda, en avril 1994, un homme explique à un adolescent, auquel il promet de devenir ainsi « un homme », comment manier la machette : « Il faut que tu lèves le bras très haut vers le ciel, que tu serres fort le manche, et que tu abattes dun coup sec ». Lapprenti sexerce immédiatement sur une femme qui gît au sol et parvient à lui couper la main dun seul coup : il se retourne avec fierté vers son professeur, souriant. Conclusion : « Cest pour cela quon voit sur la route des mains, des bras, des pieds, des jambes épars » (p. 221). Ou, en Algérie, les conseils dun émir du G.I.A. pour bien couper des têtes : « Lidéal, selon lui, était dabord de trancher le cou avec un couteau et dattendre une heure. La victime ne mourait pas tout de suite. "Ensuite, vous lachevez à la scie à métaux. Cest plus propre et plus facile." Une scie de fabrication japonaise à large lame » (p. 222). Le glacial cynisme de tels cours dégorgement raisonné a de quoi sidérer mais la gravité toute technicienne qui évacue la souffrance et même la présence du « cancrelat » quest la victime (cétait le terme employé au Rwanda par les initiateurs du carnage pour désigner les victimes) nest pourtant jamais éloignée de la sombre jouissance du pire, de celle qui consiste à être, pour un temps, le seul maître de la mort (de celle quon donne, de celle à laquelle, ce faisant, on échappe, de celle que lon ramène un instant à sa propre mesure). Jeux de massacre Il ny a pas de mal car ce nest quun jeu. Depuis les jeux du Cirque nulle civilisation na plus installé au centre même de la cité larène barbare, celle où la plèbe ce qui est la plèbe dans larrangement social et ce qui est plèbe en chacun (cet instinct combattu par Sénèque, saint Augustin et Marc-Aurèle), la limite même de tout pouvoir établi et lexcès qui en compromet lassise décide selon son bon plaisir, sans complexe ni retenue et avec lassentiment intéressé du pouvoir impérial, de la vie et de la mort, où le spectateur souverain tient la balance des sorts dans une débauche de carnage qui volatilise toutes les énergies La chasse et la guerre (qui est une chasse à lhomme), la conquête et lassujettissement des populations conquises ménagent seuls encore les marges où sexercent ces jeux cruels. Nous devrions pouvoir nous rappeler la colonisation comme lun de ces moments singuliers où les fils des démocraties trouvèrent à satisfaire leur instinct le plus plébéien (il est vrai que la propagande officielle a gommé de lhistoire ces épisodes peu reluisants mais qui faisaient implicitement partie du contrat offert aux futurs colonisateurs et civilisateurs) et nous serons alors surpris de voir un écrivain aussi distingué que Pierre Loti samuser autant quun autre et avec les raffinements pointus de lexpression littéraire de ce quil faut bien appeler un massacre : « Alors la grande tuerie avait commencé. On avait fait des feux de salve-deux ! et cétait plaisir de voir ces gerbes de balles, si facilement dirigeables, sabattre sur eux deux fois par minute, au commandement, dune manière méthodique et sûre On en voyait dabsolument fous, qui se relevaient pris dun vertige de courir Ils faisaient en zigzag et tout de travers cette course de la mort, se retroussant jusquaux reins dune manière comique et puis on samusait à compter les morts » Tout y est : ladmiration pour la prouesse technique des « feux de salve-deux » (quels outils précis et méthodiques !), la réduction des victimes à de comiques marionnettes (« Le comique est du mécanique plaqué sur du vivant », comme le voudra Bergson, Loti en donne ici, par avance, une preuve mortelle ), la marque réitérée et indécente de lamusement sans scrupule vécu par le spectateur-narrateur (mais cette impudeur dévoile en fait le non-dit de lentreprise même de conquête). Car il ne sagit pas dune fiction teintée dun sanglant exotisme mais dun « reportage » de lofficier de marine Julien Viaud, du récit de la prise de Thouan-An paru dans Le Figaro en septembre 1883 ! Cest Aimé Césaire qui rapporte avec indignation cet exemple dans son Discours sur le colonialisme et il a beau jeu de mettre en contradiction les prétentions civilisatrices des conquérants et les moyens mis en uvre, excédant dailleurs le but apparemment poursuivi : les massacrés nont le plus souvent ni le désir de se défendre ni lopportunité de le faire ! Plus près de nous, un pilote dhélicoptère américain comparait le massacre qui eut lieu à Mutlah Ridge, à la fin de la guerre du Golfe, à une chasse aux dindes ! La jouissance sans merci des plus forts sétale jusquau malaise et ne se donne pas la peine de se justifier : Il ny a pas de mal Mais faut-il voir en ces résurgences sporadiques (ô Rwanda ! ô Kosovo ! ô Algérie !) de linstinct le plus plébéien, qui provoque chez les bourreaux une extraordinaire exaltation et ne laisse en eux aucune fibre intacte, le renouvellement quasi rituel du pacte initial scellé dans le sang du père par les fils révoltés de la horde primitive (origine de la civilisation selon Freud) ? Faudrait-il donc lier cet inavouable désir de violence effrénée (plus quà demi avoué cependant) au développement des cultures et y lire les signes cruels et nécessaires de leurs crises de croissance (comme le veulent certains théoriciens comme Wolfgang Sofsky) ? Peut-être, si cest pour relativiser la valeur intrinsèque de ces cultures et pour révéler quelles sont moins des totalités en acte ou des totalisations en cours que le produit toujours précaire et métissé, mixte et impur, des relations souvent conflictuelles quelles entretiennent avec leurs voisines et avec des pans entiers de leur propre mouvance : le différer, nécessaire, est difficile à admettre et à vivre, douloureux pour qui souhaite exercer quelque maîtrise et remédier ainsi à ses foncières insuffisances dêtre fini. La violence, se parant des vertus du Bien (Race, Religion, Nation) à défendre et à illustrer, jouant avec fierté des prouesses techniques réalisées par ses divers outils et tours de main, saccordant sans complexe ni restriction la sombre jouissance des forts, na dautre but que déradiquer ce qui diffère et qui, différant librement, mettrait en péril le pouvoir univoque quelle sarroge. Le Mal est ici de ne pas tolérer ce qui échappe à la mesure de soi, que ce « soi » représente un individu, un groupe, une nation, une idéologie, une religion , de ramener à « soi » par tous les moyens ce qui diffère tellement quil na bientôt plus aucune place nulle part si ce nest dans la mort. Mais une civilisation ou une culture qui tend, dailleurs, sans trop de complexes, à se mondialiser et sur laquelle lon peut porter le diagnostic dindifférence sort-elle de ces enjeux serrés et cruels ? Lindifférence fait-elle une juste place au différer ? Partage de la perversité et de lindifférence Il ny a pas de mal ou plutôt : Il ny aura plus de mal Il ny a plus, en effet, dans lEurope déchristianisée où nous vivons, de garant transcendant universellement admis en matière de croyances et de valeurs. Dieu est mort trois fois telle est la teneur de lultime ouvrage dA. Glucksmann : sur la croix, sous les quolibets des maîtres du soupçon (surtout Marx et Nietzsche), dans la boue des tranchées de 14-18 et derrière les barbelés des camps dextermination. Mais cette troisième mort, qui a eu ses accents déchirants et dont nous ne cessons dévaluer les dramatiques conséquences, a engendré, en Europe, une mutation globale des mentalités plutôt tranquille et sans grand tragique : un continent dathées vaque à ses occupations ordinaires et extraordinaires « comme si Dieu nexistait pas » (selon le mot du pape Jean Paul II), substituant à toute croyance bien répertoriée un « humanisme dindifférence ». Dieu est mort mais les valeurs ne sont pas mortes : un consensus un peu mou reconnaît et accepte les grands concepts abstraits de lidéal républicain (liberté, égalité, fraternité), bien que, sans aucun garant transcendant, ils soient entièrement réduits à linterprétation immanente des circonstances et des intervenants. Une confiance, critique, relative mais suffisante en limpartialité de ladministration et de la justice, permet seule de tempérer les inquiétudes et dassurer un modus vivendi acceptable. Vue sous cet angle qui est celui des mentalités et des murs, une telle indifférence a quelque chose de positif en ce quelle semble écarter tout fanatisme intérieur et favoriser les arrangements négociés qui font la part des choses sans diaboliser ladversaire. Une démocratie sans panache mais sans vrai déchirement non plus se gère au jour le jour et planifie son développement selon les fluctuations du marché mondial. Mais cest là se cantonner, sur un mode que lon pourrait dénoncer comme ethnocentrique, à un territoire limité et privilégié dont les marges elles-mêmes sont gagnées par de tout autres turbulences. Les grands et terribles événements des deux guerres mondiales dont le foyer fut bien lEurope, précédées, reliées puis accompagnées par les péripéties liées à la gestion des empires coloniaux, ont apporté au vaste monde plusieurs révélations néfastes pour les systèmes de valeurs traditionnels. La force des valeurs européennes déchristianisées tient surtout en leur capacité à délier tout ce qui était lié, à défaire les coutumes et les solidarités ancestrales fondées sur des faisceaux de valeurs bien établis : la notion dindividu, portée entre autres par la déclaration des droits de lhomme, tend à dévaloriser la prééminence de la lignée ou de la caste ; létalon, de plus en plus universel et abstrait, quest largent rend les choses égales entre elles et désacralise les biens spirituels, culturels et toutes les postures humaines ; la technique ramène lessence de toute organisation construite à son fonctionnement sobre, efficace, méthodique Ces trois véhicules produisent des valeurs nouvelles qui contrecarrent les sacralités garantes des éthiques ancestrales et de toute évaluation des comportements humains. Et, à ces insinuants (ré)étalonnages, sajoutent le patent constat de la défaillance divine et lévacuation théorique et pratique de la transcendance. Lesquelles « passent » plus mal que le reste chez des peuples dont la religiosité est souvent comme la colonne vertébrale éthique et ethnique. Les conséquences de cette désaffection sont tirées avec plus de brutalité quen Europe même : les exactions coloniales, les tranchées, les camps, la destruction de la nature, le viol massif des droits de lhomme dans les « purifications ethniques » et les génocides, la transgression de toutes les limites sexuelles sont rapportées à la perte du garant transcendant, à ce manque, à ce vide qui devient taraudant, torturant. Le silence du Dieu ou des dieux se creuse en absence, en abandon et la tentation surgit de répondre à sa place, de réinstaurer de force les valeurs affaiblies ou bafouées, la puissance manquante. Ou imposer la Loi dans sa lettre, abrupte, tranchante, inflexible et opposer un roc théocratique à la labilité des valeurs humaines, et cest lintégrisme dans sa version classique qui juge au nom de Dieu ; ou faire désormais limpasse sur le « Dieu moral » le Dieu qui a toléré toutes les horreurs et transgressions du feu XXe siècle ne saurait être moral et sacrifier à la transcendance, qui nest désormais plus quune idole assoiffée de sang, des victimes impures, purifiées par leur holocauste, et cest lintégrisme extrémiste qui tue au nom de Dieu et pour lequel la divinité nest plus que la caution dun gigantesque jeu de massacre : Dieu, le Fort des forts, est un Dieu de haine qui ne tolère rien hors de la mesure quon lui attribue ! Il y a aussi les cas où, toute la retenue imposée par les valeurs traditionnelles se trouvant annihilée, il ny a plus ni culture ni transcendance ni loi et tout est, tout simplement, permis : ni dieu, ni maître si ce nest linstinct qui pousse chacun à faire lépreuve absolue de la finitude, dans les strictes limites de sa propre force, aux dépens des autres et même de soi (comme les enfants desperados du Libéria et autres lieux !). Et, face à tout cela qui lentoure, qui la cerne même, que fait notre indifférence (elle qui se veut humaniste et humanitaire) ? Elle déplore et proteste. Comme elle est tolérance, elle ne peut quexplicitement refuser de tels dénis de la différence et elle compatit avec les victimes (quelle va éventuellement aider par des mouvements dopinion et des interventions dordre éthique) ; comme elle se fonde sur les droits de lhomme, elle ne peut quen dénoncer les violations les plus flagrantes et appeler à des sanctions (fussent-elles symboliques !) envers les contrevenants. Mais son profond relativisme, qui lamène à douter de ses propres fondements sans aucun garant transcendant désormais, seulement préservés par le consensus, son relativisme lui interdit de condamner sans nuance : que comprenons-nous en fait à ces autres mondes dont les systèmes de valeurs originels sont si différents du nôtre ? Dun côté Khomeiny est un monstre dintolérance inhumaine, lui qui incite à lapider des femmes adultères et des homosexuels et qui condamne à mort un écrivain ! Dautre part, si, « pour ces gens », pour ce peuple, la loi religieuse héritée est bien la colonne vertébrale, comment leur interdire de sacrifier à ses préceptes même les plus durs ! Ainsi bridées, nos réactions se condamnent à des demi-mesures peu efficaces. Il me semble toutefois que notre incompétence en ces matières et notre incapacité à agir adéquatement résultent dun « oubli », dune inconséquence qui nous sont propres : le point aveugle de notre indifférence concerne la nature et la portée du désir incoercible de maîtrise. La tendance générale de tout notre système est en effet den dénier même lexistence : les valeurs liées au consensus se passent de cette variable et tout pouvoir est considéré en sa structure légale et rationnelle non en sa potentialité passionnelle. Lon sen remet dailleurs à la loi et à la négociation pour atténuer les éventuels effets des passions sans privilégier celle du pouvoir plus quune autre. Lon ne peut et ne veut pas lapprécier comme lessentiel ressort, comme laiguillon central. Une réplique du film de Jean-Pierre Mocky : LAlbatros (1971) ma, en son temps, frappé comme une révélation démasquant cet interdit. Lhomme politique le plus acharné au jeu électoral, le plus cynique en ses manuvres, trahissant sur son visage une envie ravageuse et une avidité sans frein, proclame à un moment aux oreilles de son chef de campagne : « Vous avez quelquefois pris votre jouissance, dun homme ou dune femme, cela dure quelques instants ! Eh bien ! le pouvoir cest jouir vingt-quatre heures sur vingt-quatre ! » Il faut faire la part de lemphase à la fois post-romantique et post-soixante-huitarde (le titre est baudelairien, la musique de Léo Ferré) mais leffet décapant dune telle réplique est assuré : il est bien question de maîtrise et de puissance à sens unique ; cette jouissance, en effet, on la prend, on ne la donne ni ne la partage ; elle est hors morale (lobjet en est homme ou femme ou enfant, sans distinction) ; elle exige dêtre immédiate et absolue, éternelle car sans aucune solution de continuité Le visage crispé de lacteur qui parle révèle quelle échappe à la joie et à lamour, et même au bonheur Le désir de maîtrise est une frénésie. Le film est révélateur, aussi, en ce quil tente de promouvoir, contre cette frénésie, lidée dune jouissance donnée et partagée, à nouveau transcendante : doù létrange et saisissante scène où « lalbatros » et la fille de lhomme politique évoqué font librement lamour dans lune des tours de guet de la prison, coram populo et violemment mis en lumière par les projecteurs de surveillance Ils sont abattus tous les deux à lissue de leur assomption : ce monde ne peut que mettre à mort la libre jouissance (« Ça énerve, aussi ! », contaste lun des assistants), pour mieux préserver la jouissance triste des puissants qui se satisfont à petit bruit et dans lombre sans rien partager ; le politique, père de la fille sacrifiée, lui aussi témoin de la scène, consent sans peine excessive à cette mort (à ses yeux méritée), il ne regrette que de perdre les élections à cause du scandale. Jean-Pierre Mocky na pas esquivé, lui, laffrontement au noyau central, à la jouissance sans merci du plus fort, prêt à tout pour préserver sa maîtrise, et il en révèle, avec un pessimisme romantique et anarchisant, la présence et la persistance au sein même de notre système démocratique. Notre « humanisme dindifférence », dans la bonne conscience de son légalisme, de sa laïcité et de son respect des droits de lhomme, tend pourtant à se bercer encore et encore de lidée comme du fantasme dune jouissance sans maître, librement donnée et partagée, dune jouissance à la fois sans territoire, sans limites et sans dominance, qui libère infiniment Cest une façon de placer ce quil lui reste de transcendance dans le sexe en libérant les sources du désir. Mais cette tentation métaphysique irréfléchie saccompagne dune vue panoramique voire panoptique de la multiplicité des figures du désir : à cette pensée cuménique nul mode du jouir nest étranger puisque ce dernier devient la clef dun essor inouï, à la fois « humain trop humain » et plus quhumain ! Et cette entreprise de réhabilitation ne peut pas alors ne pas croiser le désir infini de maîtrise, demprise et de destruction qui caractérise le sadisme et tous ses dérivés : les tenants de lindifférence et de la libération du désir nignorent pas quelle jouissance procure, à un degré ou à un autre, le pur fantasme du despotisme (à lorientale ou non). On ne saurait interdire ou sinterdire un fantasme, cest sa réalisation qui reste barrée, du moins sa réalisation en vrai ! On va jouer, simuler et, pour ce faire, établir un contrat entre le prétendu bourreau et sa consentante victime qui pourra permettre une jouissance libre et humainement égale (faute dêtre partagée ou fraternelle, stricto sensu). Ne pouvant ni ne souhaitant juguler ou censurer le désir incoercible de maîtrise et de destruction quand il accepte cette forme consensuelle, on va sassurer, du moins, de linnocuité des voies empruntées par ce désir et des actes accomplis (même si lon reste bien loin de la transcendance espérée) ! En notre quartier du monde où se cultivent à égalité lindifférence et le différer, lon se contente ainsi de plus en plus et dune manière générale, grâce à lomnivoyeur quest lempire du multimédia, dimages, de représentations et de simulations placées sous un contrat (explicite ou implicite) : combats et guerres, catastrophes naturelles ou artificielles, massacres et tortures, lon se gave ou lon est gavé de spectacles et/ou de documents où sétale la vision du pire, flattant en nous linstinct le plus plébéien De fait la différence entre les horreurs inventées (films dhorreur, style gore, jeux vidéos) pour le seul divertissement (pour jouir) et les images réelles montrant des crimes réels situés dans nos ténèbres extérieures (actualités) est de moins en moins perceptible, lécart samenuise entre la vérité et le fantasme. Qui peut dire alors si, dans la nuit de lindifférence qui ninterdit pas les images (au contraire) et ne sinterdit nul fantasme, chacun voyant son désir et son plaisir à sa porte, il ne louche pas de temps à autre, en pervers et avec fascination, sur la vraie jouissance du vrai despote ? Le loucheur, qui ne cesse, lui, de faire des contrats pour canaliser son désir, admire et envie la liberté sans retenue du vrai maître, et il en a honte au point de pas reconnaître, de ne pouvoir avouer la vraie nature de cette jouissance quand elle lui apparaît réalisée ici ou ailleurs On veut croire à une stimulation exponentielle du désir (surestimé et quasi divinisé) sans limite ni risque ni remous, cest oublier ce qui se dérobe et qui fait la moitié du désir. Que tente donc de nous cacher lirénisme apparent du contrat ? La dissymétrie cachée Je me suis fondé, pour définir les divers modes de rapports au différer, sur une belle analyse consacrée au « moi inimaginable » (E. Housset) selon Henri Maldiney. Il y est écrit, entre autres : « Toute rencontre est individuante, non parce quelle consisterait à se retrouver dans les choses, [dans les êtres], mais parce quen elle je deviens ce qui me saisit ». Il en résulte une manière de précepte à connotation à la fois esthétique et éthique : « laisser être ce qui advient sans le mesurer à soi ». Ce serait le propre de lart et de lamour ! Ce pourrait être la formule du juste rapport susceptible déclore en Bien et en Beau ! ou une invitation au mysticisme ! Le rapport au différant qui vient, advient ou survient implique « une dépossession de soi propre à la rencontre par laquelle souvre mon devenir ». Un tel rapport douverture puis de constitution nest possible que parce quil ny a pas de préalable, de moi construit et cerné avant la rencontre non plus quun autrui ou un dehors figés, stables, arrêtés : nous devenons ensemble. Cette rencontre nest donc pas un pur et simple « laisser-être » neutre, vacant, sans tension ni direction mais il consiste en un mouvement daccompagnement et douverture où ce que lon pourrait appeler « soi » ne devient quavec lémergence du monde et de lautre. Nous sommes là à lorigine même de notre rapport au monde, à autrui et à nous-mêmes où le différer dans son activité propre et comme activité singularisante savère constitutif ou constituant. Il faut toutefois être conscient que cest là le mouvement le plus dissimulé et le plus fuyant, celui qui nous échappe toujours (bien quil soit sans doute aussi le plus banal) : il nous dépossède avant que de nous entraîner dans une métamorphose qui savère être, étrangement, notre propre ! Nous ne le rejoignons vraiment et de toute notre présence quen des temps et des lieux précaires, en une manière de brèche à vif dans le temps et le monde qui nous sont apparemment les plus familiers. Vivre un instant à cette hauteur toute proche de labîme originaire implique une manière dascèse insue ou dinvolontaire abnégation car cest assurer et assumer un prime-saut à partir du Rien qui souvre en nous, accomplir une volte sur le néant dun intervalle dont nous ne connaissons pas les bords ! ouvrir son pas en un cheminement risqué, sur la voie négative ! Symétriquement (cest une vue de lesprit mais elle a quelque puissance de suggestion, il me semble !), la formule du rapport incorrect au différer, et susceptible dengendrer le pire (nous en avons lu des exemples plus haut), serait : « ne jamais laisser être librement ce qui advient pour mieux le réduire à soi ». Cette posture implique bien sûr une image de soi préétablie et définitive, peu encline à lévolution et moins encore à la mise en cause. Tant que la construction de ce « soi », rigide, reste forte (soumise ou non à des idéologies ou à des théologies fortes), elle suggère une mise au pas de ladvenant qui exige de lui soumission et, éventuellement, le reniement de ses origines, ou bien cest lhumiliation suivie de léradication plus ou moins clairement programmée de lêtre ou de la chose qui, ontologiquement, par ses qualités intrinsèques, contrecarre les valeurs ou trouble lexistence dun tel « soi ». Quand cette construction rigide adjoint au désir de maîtrise des pouvoirs de coercition ou dinfluence réels et sans contrôle, le maître du moment peut se laisser aller à son bon plaisir et compliquer les procédures en les assouplissant et renforçant à sa guise, ladvenant étant alors lobjet de son caprice souverain : limagination du despote tortionnaire saccorde, pour la jouissance, de sinistres fantaisies. Mais quand cette rigidité révèle, dune façon ou dune autre et à ses propres séides, le gouffre de finitude, de néant et de terreur intime sur lequel elle sérige, elle qui défaille à masquer plus longtemps sa faiblesse nest plus que laiguillon dun universel désir de destruction : elle ne domine plus, elle ne se « survit » plus que grâce à la mort quelle a encore le moyen dinfliger à tout ce qui advient comme une insulte à sa défaillance et, virtuellement, de sinfliger. Le pire nihilisme peut naître de ce rapport intolérant au différer, lequel agit dabord en chaque « soi », et « Viva la muerte ! » peut devenir son mot dordre ! Notre indifférence, si respectueuse pourtant du différer, répond, elle aussi, à son tour à la formule. Humaniste et tolérante, elle ne peut que « laisser être ce qui advient »; on ne trouvera jamais en elle de signe formel dexclusion mais elle ne peut sempêcher, dune manière ou dune autre, de « mesurer à soi » cet avènement. Les voies de cette comparaison sont variables et ses effets variés : il se peut que, nettement mais en gros, elle appréhende lautre ou le réel qui vient comme tout à fait irréductible à ses définitions et à ses normes et quelle le laisse être résolument en dehors sans plus se soucier de lui , naccompagnant donc en rien « ce qui advient », nassociant pas son devenir propre à cette venue ou à cet advenant. Il en résulte une très plate et très correcte coexistence pacifique (qui peut toutefois conduire ce développement séparé à des malentendus et à des apories faute de monde (en) commun). Le plus souvent cest le modèle du contrat qui domine et ce dernier est censé réduire lincompréhension réciproque au strict nécessaire. Il faut pour établir des contrats fiables fixer de part et dautre, et chaque fois à la destination de lautre, les traits saillants et pertinents que lon retiendra de chaque domaine contractant afin de délimiter la portée et lefficacité du pacte. De la sorte chacun est appelé à se mesurer soi-même et à se mesurer à laune de lautre : les traits retenus peuvent faire lobjet dune négociation voire dune marchandage, et lon arrête une situation infiniment complexe et mouvementée à un statu quo relativement simplifié et stabilisé. Ces contrats fixent des rôles, des règles et déterminent des droits, des interdits aussi mais librement consentis (certains tenants acharnés du « politiquement correct » proposent de contractualiser ainsi toutes les étapes de la relation amoureuse ou des relations interethniques et il ny a plus de mal possible). Mais ce qui advient désormais na plus le charme ni la valeur ontologique de la surprise, de létonnement, de la découverte vraie, du saut dans linconnu, de louverture en un monde commun de lacte comme de la relation De plus, à temporiser et à composer sans cesse entre des ordres de mesure dabord divers, les éléments de la sorte calibrés tendent à sajuster et à se correspondre, à sajointer et lhumanisme dindifférence ainsi canalisé risque de devenir, en partie, indifférent au différer même faute dune différence encore intéressante. Un excès dans la définition et la codification du différer (encore revendiqué comme tel toutefois) conduit insensiblement à luniformité du « tout-le-monde-pareil » et lhomme, autant que de différer absolument, a absolument horreur dêtre confondu avec son semblable, son frère De fait, une dénivellation nécessaire, un hiatus à vif échappe à larrangement égalitaire comme à la prévoyance du contrat : cette dissymétrie cachée résulte de ce que lon pourrait appeler « la logique des miroirs déformants ». En effet, le contrat comme le jeu desdits miroirs crée « une fausse réciprocité » qui contraint le sujet contractant à « faire lexpérience cruciale de la dualité. » Nous lavons dit plus haut, les traits retenus pour établir le contrat sont toujours des réductions ou des approximations et il nest pas sûr que le contractant puisse longtemps admettre limage de soi qui sest ainsi figée et qui est un double infidèle. Les contorsions quil réalise alors ressemblent à celle du sujet qui cherche devant le miroir déformant à « rétablir son identité et son aspect ordinaires. » Ce faisant, il passe par toutes sortes détapes : il voit se dégrader puis se régénérer son image, il la voit sappauvrir et senrichir, saliéner et se réapproprier partiellement ; il peut un temps, avec plaisir ou avec dépit, faire permuter ses qualités propres avec les traits mêmes de lautre figés de la même manière dans le contrat ; il peut douter de la pertinence de ces traits comme de ceux qui lui ont été attribués Bref, il se démène entre espoir et angoisse : espoir de voir apparaître enfin une figure satisfaisante, conforme à ce quil se sent être et à ce quil souhaite trouver chez lautre contractant ; angoisse davoir perdu définitivement toute image conforme et que « le soi nait plus désormais dimage identifiable ». Cette dissymétrie devenue active révèle lartificialité du monde (en) commun réalisé par le contrat. Les contractants sont frustrés et souvrent, avec espoir et angoisse, aux excès daltérité comme au vide quils découvrent entre les lignes du contrat. Ils ne sinterdisent pas les écarts fantasmatiques allant du plaisir pervers des « coups de canif dans le contrat » au plaisir sadique du despote se soumettant ce qui diffère Combien de temps pourront-ils toutefois sinterdire les écarts réels qui (re)donnent carrière au désir de maîtrise et à la jouissance quelle permet ? Il y a du mal, il ne faut cesser de lavouer partout et toujours. Il y a du mal Peut-être parce que lhomme assumant difficilement, parfois douloureusement, la béance du différer qui, seule, permet son ouverture au (en) monde et à (en) autrui déhiscence qui le constitue, le traverse et le partage , il veut compenser par un surcroît éperdu de maîtrise et de demprise ce délaissement, cette centrale dépossession qui est aussi le signe de sa finitude et le messager de sa propre mort. Notre indifférence qui prétend avoir fait son deuil de la transcendance externe dun Dieu omniscient et omnipotent qui nous viendrait dailleurs que de nous-mêmes et qui a aplani les valeurs, les rabattant toutes sur le plan de notre immanence, conçoit mal quelle a à « laisser être » un mouvement de transcendance plus intime, qui naît du vécu et de limmanent, de la faille ouverte en chacun et qui, sans la structure du projet, ménage, seule, lessor résolument dissymétrique de notre présence au (en) monde et à (en) autrui Frères inhumains, vous ne lêtes sans doute que parce que vous êtes dabord « humains, trop humains », dautant plus capables de tyrannie et de férocité que vous êtes plus démunis devant votre origine. Il faut le savoir et le dire, faire surgir toujours et partout la conscience de notre commune naissance : Frères humains qui avec nous vivez, Nayez les curs contre nous endurcis et en appeler avec Villon, ou quiconque, au « cur », selon le sens mystérieux et plénier que Pascal veut conférer à ce terme, au cur de pitié et de courage, qui (se) sait vulnérable et faillible, qui partage et fait face, au cur qui rassemble en transcendance ! Serge Meitinger Dettes : André Glucksmann : Le Bien et le Mal, Lettres immorales dAllemagne et de France, Robert Laffont, 1997, repris en Poche-Pluriel en 1999. André Glucksmann : La Troisième mort de Dieu, NiL éditions, Paris, 2000. Wolfgang Sofsky : Traité de la violence, NRF-Essais, Gallimard, 1998. Aimé Césaire : Discours sur le colonialisme, Présence Africaine, Paris/Dakar, 1989. Emmanuel Housset : « Le moi inimaginable » (sur Henri Maldiney), à paraître dans un dossier H. Maldiney de la revue LArt du comprendre. Georges Thinès : Laurel et Hardy ou les miroirs déformants, La Lettre volée, Bruxelles, 1998.
Lire par ailleurs, dans notre site, deux autres textes de Serge Meitinger : |
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